Quand la vie prend un autre sens

Février 2011. Je me réveille mal fichue, nauséeuse, mal à la tête, vertiges. Une grippe surement.
C’est un jeudi. Le lendemain, j’ai un rdv pour le contrôle technique de ma voiture dans la ville de mes parents où je vais passer le weekend pour l’anniversaire de mon père. Je suis toujours malade. Je pars donc en avance. Je ne mettrais pas une heure à y aller mais presque 3. Je me sens mal. Purée cette grippe s’annonce forte…
Samedi matin. C’est l’anniversaire de papa. Je me lève en me sentant vraiment bizarre. Comme loin, très loin…et un oeil fermé que je n’arrive pas à ouvrir. Et toujours cette fichue migraine… Je file chez le médecin qui pense que je me suis coincé un nerf au judo. Il me donne une minerve et des décontractants.
Malgré tout j’ai l’impression que ça empire. Je vois ma belle soeur qui est infirmière et qui trouve ça étrange. Elle me conseille d’aller aux urgences, je l’écoute.
Là bas, on me dit que c’est une forte migraine voilà tout. Ma belle soeur insiste.
Au changement de garde, je croise un médecin urgentiste qui refuse de me laisser partir. Il préfère par précaution que je passe des examens.
Le lundi, jour de la St Valentin, le verdict tombe. J’ai 21 ans. Deux neurologues entrent dans ma chambre et me disent que mon petit monde bien construit va devoir s’arrêter là un moment : plus de sport, plus d’études mademoiselle, c’est un AVC. Rupture de l’artère vertébrale. Vous allez être mise en soin intensif. Interdiction de vous lever, même de vous asseoir. Les 48 prochaines heures seront déterminantes. Ensuite on verra.
Impossible ce soir de revenir sur les sentiments que l’on ressent alors à ce moment là. Je ne sais même pas dire si j’ai ressenti quelque chose tellement cela me paraissait impossible et surtout si soudain.
D’une migraine, on passe en quelques minutes à un pronostic vital engagé alors qu’on ne se sent pas différente.
J’ai passé presque un mois à l’hôpital. En soin intensif puis en neurologie.
Puis je suis rentrée chez moi. Je n’ai jamais repris le judo et cette blessure restera peut être la plus profonde car je ne me suis jamais autant sentie moi que sur un tatami.
Pendant des mois, cette petite année que j’appellerais « convalescence »,ma vie a été entre parenthèses, entre traitements, séquelles, prises de sang tous les deux jours et examens médicaux en tous genres.
Sans compter que de la fille au fort caractère que j’étais, je suis devenue aux yeux de tous cette jeune fille fragile qui a fait, comme cela n’arrive que rarement à cet âge là, un AVC. Le regard de tous a changé. Même le mien et si physiquement bien des choses ont changées, c’est psychologiquement que c’est le plus dur. Bientôt 6 ans après, je sais que la cicatrice est encore grande ouverte.
Il est impossible de faire comme si de rien n’était non bien sûr, depuis ce jour mon corps ne fonctionne plus qu’avec 3 artères, on ne peut pas l’occulter.
Mais je me dois d’avancer, de construire ma vie sans que cet accident régisse ma vie.
En y réfléchissant bien, sans ce fichu AVC qui a transformé ma vie, je n’en serai sans doute pas là aujourd’hui alors ne regrettons rien, merci L’AVC et merci la vie !
Même si bien souvent il se rappelle à moi, même si certaines séquelles sont encore présentes, même s’il a transformé ma grossesse en grossesse à risque, même s’il a transformé notre projet immobilier en parcours du combattant, même s’il m’a rendu plus compliquée l’obtention du concours de professeur des écoles, il m’a aussi et surtout forgé un putain de caractère et me permet au quotidien de me rendre compte à quel point la vie est belle et vaut le coup!
En février 2011, en quelques jours, elle aurait pu s’arrêter. En janvier 2017, je la croque à pleines dents!

5 Comments

  • Lapinou Family 9 janvier 2017 at 6 h 44 min

    Je connaissais un peu ton histoire pour te suivre depuis quelques temps sur instagram… Très bel article, écrit avec le coeur. Profite à fond de la vie, et grâce à ton petit chat et à ton homme, cela est bien parti 😉

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  • Gradel 28 février 2017 at 13 h 12 min

    Les obstacles posés devant nous au cours de notre vie font ce que nous sommes aujourd’hui… Certains se retrouvent bloqués, incapables de les surmonter, se laissant sombrer petit à petit… D autres ont ce petit truc qui vient d on ne sait où, de nos parents, de notre éducation, de nous… Et cet obstacle devient un tremplin! Merci Gaëlle de nous faire partager ces moments de ta vie. Des bises à tous.

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    • migakalou 28 février 2017 at 21 h 47 min

      Merci pour ce joli commentaire qui me va droit au coeur!

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  • Peggy 19 octobre 2017 at 9 h 10 min

    Très beau texte ma belle ! Je t’embrasse

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